25 octobre 2021

PROBLÈMES DE STÉRILITÉ

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En dehors de l'initiation et des lieux du rituel, la rencontre avec le vodun est d'abord celle d'un monde d'objets de forte présence visuelle et matérielle que nous continuons à nommer fétiches. Le terme, du aux navigateurs portugais, a pris d'entrée une connotation péjorative : d'objet fabriqué (festigio) et maléfique, il est devenu synonyme d'idoles diaboliques chez les missionnaires pour envahir les sciences humaines(le fétichisme du au Président de Brosses puis à Marx et Freud) comme attachement pathologique à une matérialité illusoire. Les anthropologues s'efforcent de lui substituer maintenant d'autres concepts, « objets-forts », Dieu-Objet (Marc Augé) ou Chose-Dieu (René Bazin). On continue pourtant à l'utiliser faute de mieux.

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« Symbole, fétiche, objet : le support du symbole et du fétiche, c'est l'objet, la chose. Mais l'objet peut être de plusieurs sortes :

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objet naturel - pierre, morceau de bois - ou élément de la nature doué d'une vie propre qui facilite sa personnalisation : la montagne semble se couvrir elle-même de nuages, la végétation du grand arbre a sa vie propre ; objet fabriqué et associant plusieurs matières ; objet traité à partir de la matière vivante, dépouille animale, relique. Il n'est pas certain que la nature de l'objet soit décisive dans le traitement intellectuel qui peut en être fait mais la question ne se pose sans doute pas dans ces termes. Paraît plus provocant, à première vue, le fait qu'une matière informe, ou presque, puisse avoir le même statut idéologique qu'un produit de l'art ou une évidence de la nature. Une évidence de la nature, c'est une réalité si massive qu'elle appelle l'interprétation. Ainsi les récits de fondation des villages côtiers ivoiriens témoignent-ils encore de ce que put être pour l'avant-garde des populations migrantes la découverte de l'océan et de sa barre fracassante. De villages regroupés autour d'un grand fromager, on ne s'étonnera pas qu'ils n'aient pu faire l'économie d'une pensée de l'arbre. …… 

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Si la statue du dieu représente allusivement un corps humain, si elle doit comme lui manger et boire, si elle peut comme lui mourir, cette physiologie métaphorique n'épuise pas le mystère de sa matérialité. Le dieu est chose, objet composite dont la formule peut être plus ou moins fidèlement restituée ou aménagée dans chacune de ses réalisations singulières ; si le dieu est pensé comme un corps vivant, il est aussi matière, et les récits qui parlent de sa naissance, de ses exploits et de ses inventions élaborent une réflexion très littéralement problématique sur la matière et sur la vie. Le dieu est parole, pris, sous tous ses aspects, dans un tissu de récits, de proverbes et d'exégèses qui mêle les propos qu'on lui prête à ceux dont il est l'objet. Tous sont fixés par la tradition, notamment dans les commentaires qui accompagnent les grands signes de la divination. Pour essayer de comprendre la réalité du dieu païen sans nier l'évidence (à savoir que c'est sa matérialité la plus brute qui fait l'objet d'un culte), il faut donc l'appréhender tour à tour comme symbole, comme corps, comme matière et comme parole - la convergence de ces diverses dimensions correspondant au point limite où l'homme se retrouve dans la figure du dieu à la fois comme être individuel et comme être social » 

Ce qui importe c'est de comprendre que l'objet nommé fétiche n'est justement pas une idole (Idolon : image d'une divinité) et qu'on ne l'adore pas en tant que tel. Comme l'a montré J.P.Vernant à propos du kolhossos, un pieu « 'divin » fiché en terre dans la Grèce archaïque, (certains bocio ou moba en sont proches) on n'est pas dans une logique de la re-présentation de l'image, et de l'imitation, mais, comme avec les mascarades, dans celle de l'apparition, de la présence dans le visible d'une puissance de l'ordre de l'invisible.Un vodun est présent par son Double(un Legba, monticule de terre par exemple) et constitue une « Effigie De L'entre-deux ».(j'emprunte le concept à Monique Borie dans son étude du « double » théâtral chez Artaud). On pourrait lui appliquer aussi la définition que W.Benjamin donne de « l'aura » d'une œuvre d'art, d'ailleurs d'origine.

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cultuelle selon lui : « apparition unique d'un lointain, si proche-soit-il pour nous » Cette " présentification " matérielle de l'invisible est assurée par des rituels qui visent à l' " installer ", le " fixer " dans l'objet. La prière, le sacrifice animal, les libations jouent un rôle central dans ce processus, mais aussi les ingrédients matériels dont est fait l'objet ou des éléments figuratifs habituellement dévolus à tel vodun. . Ces éléments sont « poétiques » au sens où ils constituent un jeu ,mettant en œuvre ressemblance et contact. Pour prendre un exemple : on sait que le sceptre de Shango, vodun yoruba de la foudre est un objet composé d'un manche surmonté d'une statuette de femme portant une hache sur la tête. Il est tenu par la personne possédée par Shango lorsqu'elle danse (il a été auparavant « consacrés par des bains d'herbe rituels). La « possession « de l'initiée est ainsi rendu manifeste par l'objet. Le sceptre, que brandit l'initié, est Shango; inversement le vodun possède « son cheval » par la médiation du contact avec le manche.

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« Statue ou simple pierre dressée, sans rien de mimétique ou d'anthropomorphe à l'origine, il a pour vocation de fixer la psyché du mort, cette partie insaisissable de l'homme qui erre entre le monde des vivants et celui des morts, et qui justement peut apparaître comme fantôme qui revient.

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Le Colossos, assure donc le possible contact des vivants avec les morts car il désigne l'espace où le mort peut remonter au jour. En même temps il est aussi signe d'absence du mort, de son appartenance à un ailleurs, à un au-delà qui reste fondamentalement autre. A la fois signe de présence effective et signe d'altérité, au carrefour du visible et de l'invisible, le Colossos associe intimement la pierre et l'ombre, marquant par la pierre dressée ou la statue .Rattaché à la sphère de l' Eidôlon, au même titre que l'image du rêve, le fantôme et l'apparition surnaturelle, le Colossos relève, dans la Grèce archaïque, de cette "catégorie psychologique du double" que définit, selon Vernant, l'ambiguïté du statut de la présence - une présence inscrite dans la tension entre l'immobilité de la pierre et la mobilité de la psuchê, entre le matériel et l'immatériel, l'ici présent et le renvoi à un ailleurs.

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C'est le rapprochement avec l'œuvre d'art qui est la plus féconde quant à la compréhension de la nature et de l'efficace de ces objets. Caractérisant la « magie des œuvres et des objets, Alfred Gell a forgé le concept d'Agency difficile de traduction, sinon par intentionnalité. Aux œuvres, Gell attribue deux typesd'agency applicables parfaitement aux bocios par exemple ou autres « charmes ». Ils serviraient en premier lieu de relais matériel entre des personnes, dans des réseaux de communication et d'échange .Le second type renvoie à « l'animisme, à la magie (utilisé chez l'auteur sans aucun jugement de valeur). Il entend par là l'attribution d'intentionnalité et de pouvoir à des objets, tels que des statuettes d'ancêtres, ou parfois de simples objets naturels réputés être habités par un esprit ou une autre entité semblable. D'où le pouvoir émotif de ces objets qui deviennent, plus qu'un simple relais dans le réseau des relations sociales, mais des acteurs à part entière.

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Un exemple peut servir d'illustration : MAURIS Gell se réfère au culte tahitien des Mauris,les pierres de fertilité. Ces pierres emprisonneraient le « hau » ou esprit de la forêt, force agissante à l'origine de sa productivité. La magie de la chasse consisterait en un réseau d'agentivité et de transactions entre le prêtre, le chasseur et l'esprit de la forêt.

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C'est le rituel qui importe ici : en agissant sur l'objet, il « manipule » en quelque sorte la forêt, contrainte de donner sa fertilité aux chasseurs. Ce rituel comme la kula mélanésienne est donc un réseau de relations, de circularité de dons et contre dons .On retrouve l'idée de Pacte unissant un vodun, à un peuple, une famille ou un individu particulier. 

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« Posséder, c'est vouloir posséder le monde à travers un objet particulier », disait Sartre. Si l'on entend par fétiche l'attribution à une image ou à un objet d'une valeur-symbole qui règle les relations entre désir et manque, il cesse d'être un thème primitif et prend toute sa place sur la scène universelle, aux confins de la religion et de l'art. Rendre des comptes aux ancêtres, se nourrir de leur force et de leur savoir, donner du sens, affermir ses liens au monde, répondre aux interrogations du présent, conjurer les menaces, surmonter le doute, apaiser les souffrances, orienter les espoirs : les pratiques artistiques et religieuses prennent la forme d'une quête incessante, main dans la main, pourrait-on dire. Le vodu ou le boii occupe un lieu incertain. C'est un objet que l'on crée, que l'on met à distance et que l'on soigne, mais il est aussi en nous et s'empare éventuellement de notre esprit et de notre corps. Il est à la fois intérieur et extérieur, attraction et répulsion, sujet et objet. Il brouille l'opposition entre existence et transcendance. Pas plus une sculpture vaguement anthropomorphe qu'un volumineux autel de guerre ne sert seulement aux fidèles à évoquer un esprit ou une divinité : l'objet est aussi cette puissance, toute cette puissance, même si celle-ci réside également ailleurs, où elle demeure inaccessible. » ». 

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Les analyses de Gell rejoignent celle d'Albert de Surgy dans son étude de la pensée Ewé. Selon lui, ces objets rituellement fabriqués, consacrés, puis entretenus selon des règles précises sont à distinguer du culte religieux habituelle; 

Les Ewé appellent Trô, leurs divinités ancestrales : claniques, lignagères ou familiales, et tout entité invisibles comme les âmes des morts. Ils n'utilisent pas non plus vodun pour qualifier des autels ou des reposoirs. S'ils ont emprunté le mot à leur voisin c'est surtout pour l'attribuer à toute une classe d'objets possédant par eux-mêmes de l'efficacité parce que renvoyant aux principes même d'organisation du monde et qui permettent au vivants d'obtenir des bienfaits par leurs propres actions. Il montre que ces objets consistent en la maîtrise de forces subtiles (souffles). Ils sont, utilisés pour engendrer des catégories de phénomènes qui échappent à l'ordinaire et pour les humains, des moyens d'action qui se distinguent des moyens habituels (un patient peut ainsi consulter un « guérisseur » ou un devin parallèlement au médecin). Leur but est toujours d'améliorer et d'harmoniser à la fois leurs rapports avec leur environnement matériel et se protéger contre les divers malheurs.

« Bien qu'ils soient respectés à proportion de leur efficacité, les fétiches se distinguent des instruments qui viennent prolonger la puissance de notre main ou de notre cerveau.

Ils ne servent pas à maîtriser objectivement une réalité extérieure continuant d'exister hors de notre présence, indépendamment de notre action et de l'intérêt que nous lui portons. Ils se présentent comme des objets artificiellement soustraits a une telle réalité et paraissent avoir pour effet de nous introduire en plein rêve, si ce n'est en pleine aberration, en nous détournant des causes immédiates, les plus évidentes, des phénomènes. Mais est-il permis de réduire l'univers au champ de ce que nous pouvons objectivement modifier, c'est-à-dire aux réalités matérielles en rapport direct ou indirect avec notre corps ? N'est-il pas plus réaliste d'y prendre aussi bien en considération des sources d'action et de sens que de simples leviers d'action ? Si nous le voyons rempli d'objets, il l'est assurément tout autant de causes efficientes et de sujets. En vérité ce dont les fétiches nous éloignent et nous purifient est une stérilisation de la réalité par coupure d'avec l'esprit qui s'applique à y injecter des significations.

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Ce à quoi ils s'opposent est avant tout une production d'objets morts ne parlant plus à personne et laissant cruellement l'homme face à face avec sa propre image.

Les objets sacralisés avec lesquels il opère contribuent à délivrer les personnes souffrantes d'un sentiment accablant de soumission aux contraintes matérielles et sociales, au mauvais sort ou aux appétits d'autrui. En même temps qu'ils les sauvent d'une triste condition d'objet, ils ne subjectivisent nullement leurs problèmes. Ils les renvoient au contraire à des choses, à des forces et à des âmes extérieures, et impliquent dans leur traitement les principaux membres du groupe concerné par leur état. Mais surtout ce sont des moyens, arbitraires et méritant d'être abandonnés après usage, d'éliminer peu | à peu ce qui dissimule à quelqu'un l'expressivité merveilleuse du réel en lui permettant d'accéder à la connaissance, à la pratique et à l'amitié des puissances que toutes les parcelles du monde, étant le fruit de leur action, ont vocation de symboliser »

On pourrait les classer en deux groupes : les Vodou(le sens ici est celui de l'objet) 

On trouve les premiers installés à demeure dans des enceintes réservées ou dans des cours d'habitation, parfois à l'air libre, parfois sous abri, parfois dans des cases fermées à clef. Ce qui s'en laisse voir n'en est jamais que le signalement extérieur, souvent réduit à sa plus simple expression. Il peut s'agir d'un contenant soigneusement fermé et parfois même emballé : calebasse, poterie, cuvette..., déposé sur une estrade ou une étagère ou monté sur un piquet fourchu. Cependant il s'agit le plus souvent d'un cône de terre battue élevé dans une bassine ou à même le sol, souvent alors de nos jours enduit de ciment.

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Il lui arrive d'être rendu grossièrement figuratif d'une tête ou d'une silhouette humaine. Pierre verger042 L'essentiel du vaudou est toujours enfoui à sa base ou dans sa masse et consiste en ingrédients, pour la plupart végétaux, déposés au fond d'un pot ou enveloppés dans quelque chose. On peut pourtant identifier la puissance dont il est question à partir de de certains attributs. le vodun de la foudre Hevieso (Shango chez les Yoruba) pourra ainsi être reconnue par la hache biface métallique. Dan ou Dangbé, le vodou-serpent, est signalé par une tige ondulante. Sakpata, le dieu de la croûte terrestre, est reconnaissable à une poterie percée ou protubérante placée à proximité de l'objet, plus rarement attachée. Fa est exprimé par un bout de calebasse ayant porté le signe qui a présidé à la fabrication de l'objet, etc. 

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L'étymologie même de ces objets en précise les significations et fonctions : Vo renverrait à l'idée de liberté ; le suffixe dou à celui de pays et de territoire villagois

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il s'agirait donc d'améliorer son environnement et donc de mieux vivre dans son lieu habituel. Une autre étymologie serait encore plus intéressante en s'ajoutant à la précédente : elle renverrait à l'idée d'une sorte de « trouée » aménagée dans le lieu clos habituel, un passage vers l'invisible ou l'au-delà(les âmes des ancêtres, les esprits de la nature) ou le fondement (souffle originel).L'intérêt de ce sens, c'est qu'un trou comporte à la fois un orifice, un lieu d'aboutissement et une voie de transition de l'un vers l'autre. Ainsi ne se dissocient pas, ¨pour les Ewé, l'objet vodou, la puissance évoquée par cet objet et son efficace. Par cette ouverture vers l'invisible (il n'y a pas de transcendance), l'homme pourrait ainsi modifier les déterminations naturelles de son existence. 

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Pour prendre un exemple, le vodu le plus significatif, le plus visible et le plus connu est celui de Legba. Un des rares à l'aspect vaguement anthropomorphe, composé essentiellement de mottes de terre ou installé sur une termitière. De taille variable (certains atteignant trois mètres).

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Il est pourvu d'un phallus conséquent. Il ne faut pourtant pas trop s'attacher à son apparence extérieure. Son être propre, sa puissance » est en fait une jarre contenant des noix de palme (divination de Fa) et enfouie dans un trou qu'on a creusé à la base. Qu'il soit Legba de portail, de case, de chambre, il balise l'espace et les voies et communication, du lieu personnel à la place du marché. Les mythes décrivent son ambivalence ; et c'est par le jeu des contradictions qui le constituent , par l'antithèse entre violence et pacification ,intérieur et extérieur, matière et énergie qu'il symboliserait justement pour l'homme la relation à L'Autre, et les voies à suivre.(Marc Augé) .Analogue à l'Hermès des anciens grecs, il est l'intercesseur entre le visible et l'invisible, le passeur de sens.

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« Le dieu objet (et sous cet aspect Legba n'est que le plus spectaculaire d'entre eux) c'est l'instance et le lieu par lesquels il faut passer pour aller d'un individu à un autre, d'un point à un autre ou d'un ordre symbolique à un autre, mais aussi bien de soi à soi puisque l'intimité et l'intériorité individuelles sont plurielles. L'objet symbole et fétiche affirme et nie la frontière ; plus exactement il en affirme la réalité tout en ouvrant la possibilité et en explicitant la nécessité de la franchir.

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il réaffirme à chaque instant la frontière, multipliant éventuellement les interdits, pour suggérer la possibilité et la nécessité du passage. Il est donc à lui seul discrimination et récapitulation. »

Alors qu'un vodu est une entité dont on ne devient jamais que le serviteur ou le responsable (vodunô ,celui qui prend soin de), on devient au contraire propriétaire d'un Bo avec le titre de Botô, maître ou patron.

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Les Fon et Ewe sculptent ainsi dans le bois, des Bocio à l'aspect souvent rudimentaire et brutal hérissés à la surface d'une multitude d'éléments , cordes, taquets ossements cadenas, perles, ou divers métaux. Ce sont de pièces que le sculpteur ou le forgeron fabrique sur commande suite souvent à un oracle divinatoire ; simples objets, s'ils ne reçoivent pas leur « charge magique » par adjonction d'ingrédients, rites, mythes et paroles. Souvent de tailles réduites et transportables , ils n'ont pas vraiment de sanctuaires (mais il existe de grands bocio royaux) et sont entreposés un peu partout dans une habitation. Ceux qui présentent une base pointue en bois, sont fichés dans le sol devant des bâtiments, maisons ou temples.

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Ces sculptures sont des « leurres » pour capturer le mal et apporter protection et sécurité (les Ewe les nomment « échanges de mort »). Outre le bocio, la catégorie Bo renvoie à des assemblages souvent hétéroclites avec une grandes diversité de matières :un panier ou un pot, déposées à un carrefour, pour un sacrifice ou un transfert de maladie ;assemblages de tessons de bouteille, clous, fer rouillé, pierres, épines... autour d'un organe humain : destinés à nuire, par analogie, à un individu.

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On attend donc des objets bo des résultats ponctuels immédiats, précis et éventuellement agressifs. On s'en sert pour éviter le mauvais sort, se protéger des maladies, repousser de mauvais esprits, sortir vainqueur d'une querelle, obtenir la faveur d'une femme ou de son patron, s'attirer des clients, humilier un rival, blesser ou faire périr un ennemi, ou pour s'opposer à des actions de ce genre dont un sujet est victime.

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Là encore l'étymologie est précieuse : le mot bocio en Fon vient de « cio » le cadavre et de « Bo », qu'on traduit par « charme » ou encore « médecine ».Le bocio est donc un charme qui détourne des cadavres et donc de la mort (il comporte ainsi des ingrédients thérapeutiques) ; qui l'accompliten « charmant » l'esprit des ancêtres défunts et qui redevient un simple objet sculpté (un cadavre) quand le charme a disparu. Un autre sens renvoie au ficus dont l'écorce est utilisée pour la fabrique de cordelettes(bo-k'a). L'action du bocio serait donc de lier, nouer, capturer la puissance, le souffle vital pour résoudre une situation (conjurer une attaque de sorcellerie par ex). On n'en aperçoit jamais que la garniture extérieure. Les éléments essentiels sont enfouis et beaucoup de bocios se trouvent enduits d'un mélange de suie, d'œuf cassé et de sang sacrificiel, ce qui leur donne un aspect noir et luisant.

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l faut donc comprendre que c'est toujours la « charge », le charme, suite à un oracle de Fa qui confère à l'objet ses vertus religieuses, thérapeutiques et « magiques ». Fon-fetiche-benin-vaudou-art-africain.

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Ainsi la pensée « thérapeutique » vodun postule que certaines combinaisons de végétaux ou de racines ont une vertu sur les maladies diverses parce qu'ils enferment déjà une combinaison de souffles vitaux,(Ama )comme s'ils gardaient la trace du monde originel. Ces « médecines » constituent d'ailleurs tout un savoir traditionnel et empirique de la maladie mis en œuvre par des guérisseurs, devins et maitres de savoirs mais qui ne seraient rien si on ne les « animait pas » par des rituels et jeux de langages ou incantations destinés à agir sur le souffle.

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 Ces paroles incantatoires se distinguent des ordinaires et elles ont le sens de « nouages » ou d'attachement par la voix gbesa .Ainsi pour guérir un mot de tête, on fait bouillir des plantes, après avoir tracée sur chacune le signe divinatoire odu ; on boit le breuvage deux fois par jour en prononçant diverses formules (l'intonation est essentielle) comme « ne permets pas qu'il sente la douleur ! »Ou le « bananier est toujours frais et calme !» .Outre l'administration de plantes médicinales, se met ainsi en jeu une « influence qui guérit » en charmant ainsi l'esprit du patient par la vertu de paroles.

Ce sont ces « médecines » accompagnées des même rituels ,récitation des mythes et diverses paroles qu'on enferme dans les objets bo avec l'idée que le nouage sera cette fois plus fort que la simple voix comme le symbolisent par exemple les diverses cordes et cadenas.

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« Sous le désordre apparent de la fête, et par le biais même de cette irruption provisoire du surhumain, la chose-dieu, bien imbibée du sang de chacun, remet aussi chacun à sa place. Copieusement réactivé, le corps divin réordonne son microcosme; l'arrangement fondateur se réassure; les pluies viendront à temps et les fléaux passeront loin. Le « créateur »), ce qui met en forme le devenir — non point le dieu suprême dont on essaie de s'attirer à distance les bonnes grâces par des prières et des offrandes ou par la médiation du Prophète et de l'islam, mais celui-ci, aussi mystérieux mais plus familier, qu'on va bientôt remettre tout sanguinolent dans son sac -, refait son œuvre; le monde renaît localement et momentanément du chaos.

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Chacun de nous est dans l'existence confronté à l'altérité. Celle d'évènements naturels ou sociaux qui prennent le visage du malheur et du scandale de l'incompréhension .Sciences, religions philosophie, morales, systèmes politiques ou sociaux sont pourtant des logiques symboliques qui donnent du sens à notre vie et permettent d'agir. . 5887Chaque acteur conjugue à sa manière ces divers systèmes symboliques (il parle, il travaille, il prend femme, a des enfants, se livre à des activités cultuelles) mais il les conjugue discrètement, successivement, inconsciemment même s'il sent bien que « tout se tient ».Il reste alors des cas où l'accumulation dans un même temps d'infortunes diverses les rendent impuissants et prennent le visage tragique du destin. L'originalité du système vodun c'est de postuler que le monde est une totalité harmonieuse qu'on peut rétablir lorsqu'elle est perturbée (l'échec, la maladie, la mort), grâce à un ensemble de mythes, de rites, de pratiques « thérapeutiques ». VAUDOU 062 Pour ce faire il relie le monde d'ici-bas à un autre monde peuplé d'ancêtres, d'entités diverses mais qui condensent surtout les énergies, les souffles vitaux capables d'intervenir dans la vie des gens. La pensée africaine comme celle des aborigènes australiens, des amérindiens ou des inuit délègue justement à certains êtres « aux regards perçants » (shamans, devins « clairvoyants », bokonon, ou prêtres vodun), la faculté de lire les traces, les signes invisibles à chacun et d'orienter ou de débloquer une situation par leur capacité, comme passeur de sens, à se situer dans l'entre deux.

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« L'acte de voir n'est pas l'acte d'une machine à percevoir le réel en tant que composé d'évidences.. .L'acte de donner à voir n'est pas l'acte de donner des évidences visibles à des paires d'yeux qui se saisissent unilatéralement du « don visuel » pour s'en satisfaire unilatéralement. Donner à voir, c'est toujours inquiéter le voir, dans son acte, dans son sujet. Voir, c'est toujours une opération de sujet, donc une opération refendue, inquiétée, agitée, ouverte »

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L'objet lui-même devenant, dans cette opération, l'indice d'une perte qu'il soutient, qu'il œuvre visuellement : en se présentant, en s'approchant, mais en produisant cette approche comme le moment ressenti « unique » et tout à fait « étrange d'un souverain éloignement, d'une souveraine étrangeté ou extranéité. Une œuvre de l'absence allant et venant, sous nos yeux et hors de notre vue…

Sous nos yeux, hors de notre vue : quelque chose ici nous parle de la hantise comme de ce qui nous reviendrait de loin, nous concernerait, nous regarderait et nous échapperait tout à la fois.

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Les voduns constituent ainsi tout un système ordonné propre à baliser l'apparent chaos des vies singulières, en le rapportant à un ailleurs. Cet autre monde n'est pas transcendant, il est simplement invisible pour le plus grand nombre, visible pour « qui sait voir ». (Nos théories physiques postulent ainsi des trous noirs et de la manière noire, invisibles certes, mais pas plus transcendants).Les vodun sont bien présents dans les possessions rituelles mais surtout présents dans leurs « doubles » ces effigies de l'entre deux qui se dressent aux portes des habitations ou à la croisée des chemins. Un vodun n'est donc pas une divinité comme on l'entend dans nos cultures.

C'est un dieu-objet qui condense dans sa singularité matérielle l'ensemble du système. Il apparait dans et par sa matérialité composite et reste invisible en même temps ; il condense la « puissance » que les rites réveilleront ou orienteront. Il est paroles par les mythes qu'on raconte à son propos ou les incantations qu'on lui adresse.il n'y a ici ni idolâtrie, pensée primitive, ou exotisme fascinant et nostalgique à redécouvrir. A l'instar d'un « opérateur de la communication » comme Legba, présent dans et par son monticule phallique à divers carrefours, la chose dieu incarne , ce que notre art Conceptuel finira par redécouvrir , à savoir que « l'idée était l'objet »

« Bloc inerte posé là, silencieux, tumulaire, funéraire, grossièrement ou exquisément ouvré, prenant parfois la forme d'un corps, produit par nous, extérieur à nous... qui se dresse sans précession au bout de toutes les origines, recherchées dans les voyages ou les fouilles .J'imagine un cône à double nappe dont la mort occuperait le sommet ; le sujet, individuel ou collectif, habite l'ouverture de l'une des deux nappes, ainsi
Il faut se risquer jusqu'en ce lieu tacite pour que les statues se lèvent, ancêtres de nos connaissances, pierres muettes, masses pour nos travaux.

Les statues précèdent les langues, celles-ci les ont enfouies, comme les religions du verbe détruisent à coups de pierres et de lettres les idolâtries qui les engendrèrent : la seconde fondation creuse au-delà ou en deçà de la première, avant même que le logos ne parût. La fureur des iconoclastes contre les fétiches sonne comme une colère parricide. Les statues passent avant les langues et produisent d'abord l'humanité avant que les secondes ne la refondent. Nos idées nous viennent des idoles, le langage même l'avoue ; mieux, elles en reviennent, comme des revenants….

Menhir, dolmen, cromlech, cairn, pyramide, ' pierres tombales, boîtes aux morts mimant ma mère la Terre, objets muets, statues levées ou revenants debout, ressuscites de la boîte noire, quand s'abat le cache que nous avons cru rabattre pour toujours, cippes, effigies de marbre, granit ou plâtre, airain et bronze, acier, aluminium, matériau composite, pleines, denses, lourdes, immobiles, masses marquant les lieux indifférentes au temps, trouées, forées, creuses, redevenues boîtes, vides, légères, blanches, mobiles, moteurs automobiles errant par le temps indifférents aux lieux, emmenant des vivants.

Le long de la lignée lente et muette de ces choses ,comment le mort devient-il objet, par-delà l'état innommable? »

 

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En dehors de l'initiation et des lieux du rituel, la rencontre avec le vodun est d'abord celle d'un monde d'objets de forte présence visuelle et matérielle que nous continuons à nommer fétiches. Le terme, du aux navigateurs portugais, a pris d'entrée une connotation péjorative : d'objet fabriqué (festigio) et maléfique, il est devenu synonyme d'idoles diaboliques chez les missionnaires pour envahir les sciences humaines(le fétichisme du au Président de Brosses puis à Marx et Freud) comme attachement pathologique à une matérialité illusoire. Les anthropologues s'efforcent de lui substituer maintenant d'autres concepts, « objets-forts », Dieu-Objet (Marc Augé) ou Chose-Dieu (René Bazin). On continue pourtant à l'utiliser faute de mieux.

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« Symbole, fétiche, objet : le support du symbole et du fétiche, c'est l'objet, la chose. Mais l'objet peut être de plusieurs sortes :

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objet naturel - pierre, morceau de bois - ou élément de la nature doué d'une vie propre qui facilite sa personnalisation : la montagne semble se couvrir elle-même de nuages, la végétation du grand arbre a sa vie propre ; objet fabriqué et associant plusieurs matières ; objet traité à partir de la matière vivante, dépouille animale, relique. Il n'est pas certain que la nature de l'objet soit décisive dans le traitement intellectuel qui peut en être fait mais la question ne se pose sans doute pas dans ces termes. Paraît plus provocant, à première vue, le fait qu'une matière informe, ou presque, puisse avoir le même statut idéologique qu'un produit de l'art ou une évidence de la nature. Une évidence de la nature, c'est une réalité si massive qu'elle appelle l'interprétation. Ainsi les récits de fondation des villages côtiers ivoiriens témoignent-ils encore de ce que put être pour l'avant-garde des populations migrantes la découverte de l'océan et de sa barre fracassante. De villages regroupés autour d'un grand fromager, on ne s'étonnera pas qu'ils n'aient pu faire l'économie d'une pensée de l'arbre. …… 

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Si la statue du dieu représente allusivement un corps humain, si elle doit comme lui manger et boire, si elle peut comme lui mourir, cette physiologie métaphorique n'épuise pas le mystère de sa matérialité. Le dieu est chose, objet composite dont la formule peut être plus ou moins fidèlement restituée ou aménagée dans chacune de ses réalisations singulières ; si le dieu est pensé comme un corps vivant, il est aussi matière, et les récits qui parlent de sa naissance, de ses exploits et de ses inventions élaborent une réflexion très littéralement problématique sur la matière et sur la vie. Le dieu est parole, pris, sous tous ses aspects, dans un tissu de récits, de proverbes et d'exégèses qui mêle les propos qu'on lui prête à ceux dont il est l'objet. Tous sont fixés par la tradition, notamment dans les commentaires qui accompagnent les grands signes de la divination. Pour essayer de comprendre la réalité du dieu païen sans nier l'évidence (à savoir que c'est sa matérialité la plus brute qui fait l'objet d'un culte), il faut donc l'appréhender tour à tour comme symbole, comme corps, comme matière et comme parole - la convergence de ces diverses dimensions correspondant au point limite où l'homme se retrouve dans la figure du dieu à la fois comme être individuel et comme être social » 

Ce qui importe c'est de comprendre que l'objet nommé fétiche n'est justement pas une idole (Idolon : image d'une divinité) et qu'on ne l'adore pas en tant que tel. Comme l'a montré J.P.Vernant à propos du kolhossos, un pieu « 'divin » fiché en terre dans la Grèce archaïque, (certains bocio ou moba en sont proches) on n'est pas dans une logique de la re-présentation de l'image, et de l'imitation, mais, comme avec les mascarades, dans celle de l'apparition, de la présence dans le visible d'une puissance de l'ordre de l'invisible.Un vodun est présent par son Double(un Legba, monticule de terre par exemple) et constitue une « Effigie De L'entre-deux ».(j'emprunte le concept à Monique Borie dans son étude du « double » théâtral chez Artaud). On pourrait lui appliquer aussi la définition que W.Benjamin donne de « l'aura » d'une œuvre d'art, d'ailleurs d'origine.

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cultuelle selon lui : « apparition unique d'un lointain, si proche-soit-il pour nous » Cette " présentification " matérielle de l'invisible est assurée par des rituels qui visent à l' " installer ", le " fixer " dans l'objet. La prière, le sacrifice animal, les libations jouent un rôle central dans ce processus, mais aussi les ingrédients matériels dont est fait l'objet ou des éléments figuratifs habituellement dévolus à tel vodun. . Ces éléments sont « poétiques » au sens où ils constituent un jeu ,mettant en œuvre ressemblance et contact. Pour prendre un exemple : on sait que le sceptre de Shango, vodun yoruba de la foudre est un objet composé d'un manche surmonté d'une statuette de femme portant une hache sur la tête. Il est tenu par la personne possédée par Shango lorsqu'elle danse (il a été auparavant « consacrés par des bains d'herbe rituels). La « possession « de l'initiée est ainsi rendu manifeste par l'objet. Le sceptre, que brandit l'initié, est Shango; inversement le vodun possède « son cheval » par la médiation du contact avec le manche.

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« Statue ou simple pierre dressée, sans rien de mimétique ou d'anthropomorphe à l'origine, il a pour vocation de fixer la psyché du mort, cette partie insaisissable de l'homme qui erre entre le monde des vivants et celui des morts, et qui justement peut apparaître comme fantôme qui revient.

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Le Colossos, assure donc le possible contact des vivants avec les morts car il désigne l'espace où le mort peut remonter au jour. En même temps il est aussi signe d'absence du mort, de son appartenance à un ailleurs, à un au-delà qui reste fondamentalement autre. A la fois signe de présence effective et signe d'altérité, au carrefour du visible et de l'invisible, le Colossos associe intimement la pierre et l'ombre, marquant par la pierre dressée ou la statue .Rattaché à la sphère de l' Eidôlon, au même titre que l'image du rêve, le fantôme et l'apparition surnaturelle, le Colossos relève, dans la Grèce archaïque, de cette "catégorie psychologique du double" que définit, selon Vernant, l'ambiguïté du statut de la présence - une présence inscrite dans la tension entre l'immobilité de la pierre et la mobilité de la psuchê, entre le matériel et l'immatériel, l'ici présent et le renvoi à un ailleurs.

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C'est le rapprochement avec l'œuvre d'art qui est la plus féconde quant à la compréhension de la nature et de l'efficace de ces objets. Caractérisant la « magie des œuvres et des objets, Alfred Gell a forgé le concept d'Agency difficile de traduction, sinon par intentionnalité. Aux œuvres, Gell attribue deux typesd'agency applicables parfaitement aux bocios par exemple ou autres « charmes ». Ils serviraient en premier lieu de relais matériel entre des personnes, dans des réseaux de communication et d'échange .Le second type renvoie à « l'animisme, à la magie (utilisé chez l'auteur sans aucun jugement de valeur). Il entend par là l'attribution d'intentionnalité et de pouvoir à des objets, tels que des statuettes d'ancêtres, ou parfois de simples objets naturels réputés être habités par un esprit ou une autre entité semblable. D'où le pouvoir émotif de ces objets qui deviennent, plus qu'un simple relais dans le réseau des relations sociales, mais des acteurs à part entière.

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Un exemple peut servir d'illustration : MAURIS Gell se réfère au culte tahitien des Mauris,les pierres de fertilité. Ces pierres emprisonneraient le « hau » ou esprit de la forêt, force agissante à l'origine de sa productivité. La magie de la chasse consisterait en un réseau d'agentivité et de transactions entre le prêtre, le chasseur et l'esprit de la forêt.

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C'est le rituel qui importe ici : en agissant sur l'objet, il « manipule » en quelque sorte la forêt, contrainte de donner sa fertilité aux chasseurs. Ce rituel comme la kula mélanésienne est donc un réseau de relations, de circularité de dons et contre dons .On retrouve l'idée de Pacte unissant un vodun, à un peuple, une famille ou un individu particulier. 

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« Posséder, c'est vouloir posséder le monde à travers un objet particulier », disait Sartre. Si l'on entend par fétiche l'attribution à une image ou à un objet d'une valeur-symbole qui règle les relations entre désir et manque, il cesse d'être un thème primitif et prend toute sa place sur la scène universelle, aux confins de la religion et de l'art. Rendre des comptes aux ancêtres, se nourrir de leur force et de leur savoir, donner du sens, affermir ses liens au monde, répondre aux interrogations du présent, conjurer les menaces, surmonter le doute, apaiser les souffrances, orienter les espoirs : les pratiques artistiques et religieuses prennent la forme d'une quête incessante, main dans la main, pourrait-on dire. Le vodu ou le boii occupe un lieu incertain. C'est un objet que l'on crée, que l'on met à distance et que l'on soigne, mais il est aussi en nous et s'empare éventuellement de notre esprit et de notre corps. Il est à la fois intérieur et extérieur, attraction et répulsion, sujet et objet. Il brouille l'opposition entre existence et transcendance. Pas plus une sculpture vaguement anthropomorphe qu'un volumineux autel de guerre ne sert seulement aux fidèles à évoquer un esprit ou une divinité : l'objet est aussi cette puissance, toute cette puissance, même si celle-ci réside également ailleurs, où elle demeure inaccessible. » ». 

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Les analyses de Gell rejoignent celle d'Albert de Surgy dans son étude de la pensée Ewé. Selon lui, ces objets rituellement fabriqués, consacrés, puis entretenus selon des règles précises sont à distinguer du culte religieux habituelle; 

Les Ewé appellent Trô, leurs divinités ancestrales : claniques, lignagères ou familiales, et tout entité invisibles comme les âmes des morts. Ils n'utilisent pas non plus vodun pour qualifier des autels ou des reposoirs. S'ils ont emprunté le mot à leur voisin c'est surtout pour l'attribuer à toute une classe d'objets possédant par eux-mêmes de l'efficacité parce que renvoyant aux principes même d'organisation du monde et qui permettent au vivants d'obtenir des bienfaits par leurs propres actions. Il montre que ces objets consistent en la maîtrise de forces subtiles (souffles). Ils sont, utilisés pour engendrer des catégories de phénomènes qui échappent à l'ordinaire et pour les humains, des moyens d'action qui se distinguent des moyens habituels (un patient peut ainsi consulter un « guérisseur » ou un devin parallèlement au médecin). Leur but est toujours d'améliorer et d'harmoniser à la fois leurs rapports avec leur environnement matériel et se protéger contre les divers malheurs.

« Bien qu'ils soient respectés à proportion de leur efficacité, les fétiches se distinguent des instruments qui viennent prolonger la puissance de notre main ou de notre cerveau.

Ils ne servent pas à maîtriser objectivement une réalité extérieure continuant d'exister hors de notre présence, indépendamment de notre action et de l'intérêt que nous lui portons. Ils se présentent comme des objets artificiellement soustraits a une telle réalité et paraissent avoir pour effet de nous introduire en plein rêve, si ce n'est en pleine aberration, en nous détournant des causes immédiates, les plus évidentes, des phénomènes. Mais est-il permis de réduire l'univers au champ de ce que nous pouvons objectivement modifier, c'est-à-dire aux réalités matérielles en rapport direct ou indirect avec notre corps ? N'est-il pas plus réaliste d'y prendre aussi bien en considération des sources d'action et de sens que de simples leviers d'action ? Si nous le voyons rempli d'objets, il l'est assurément tout autant de causes efficientes et de sujets. En vérité ce dont les fétiches nous éloignent et nous purifient est une stérilisation de la réalité par coupure d'avec l'esprit qui s'applique à y injecter des significations.

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Ce à quoi ils s'opposent est avant tout une production d'objets morts ne parlant plus à personne et laissant cruellement l'homme face à face avec sa propre image.

Les objets sacralisés avec lesquels il opère contribuent à délivrer les personnes souffrantes d'un sentiment accablant de soumission aux contraintes matérielles et sociales, au mauvais sort ou aux appétits d'autrui. En même temps qu'ils les sauvent d'une triste condition d'objet, ils ne subjectivisent nullement leurs problèmes. Ils les renvoient au contraire à des choses, à des forces et à des âmes extérieures, et impliquent dans leur traitement les principaux membres du groupe concerné par leur état. Mais surtout ce sont des moyens, arbitraires et méritant d'être abandonnés après usage, d'éliminer peu | à peu ce qui dissimule à quelqu'un l'expressivité merveilleuse du réel en lui permettant d'accéder à la connaissance, à la pratique et à l'amitié des puissances que toutes les parcelles du monde, étant le fruit de leur action, ont vocation de symboliser »

On pourrait les classer en deux groupes : les Vodou(le sens ici est celui de l'objet) 

On trouve les premiers installés à demeure dans des enceintes réservées ou dans des cours d'habitation, parfois à l'air libre, parfois sous abri, parfois dans des cases fermées à clef. Ce qui s'en laisse voir n'en est jamais que le signalement extérieur, souvent réduit à sa plus simple expression. Il peut s'agir d'un contenant soigneusement fermé et parfois même emballé : calebasse, poterie, cuvette..., déposé sur une estrade ou une étagère ou monté sur un piquet fourchu. Cependant il s'agit le plus souvent d'un cône de terre battue élevé dans une bassine ou à même le sol, souvent alors de nos jours enduit de ciment.

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Il lui arrive d'être rendu grossièrement figuratif d'une tête ou d'une silhouette humaine. Pierre verger042 L'essentiel du vaudou

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