LES OBJETS DU SYSTEME VODUN MAITRE MARABOUT VOYANT PAPA GBEKPON DU MONDE.

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En dehors de l'initiation et des lieux du rituel, la rencontre avec le vodun est d'abord celle d'un monde d'objets de forte présence visuelle et matérielle que nous continuons à nommer fétiches. Le terme, du aux navigateurs portugais, a pris d'entrée une connotation péjorative : d'objet fabriqué (festigio) et maléfique, il est devenu synonyme d'idoles diaboliques chez les missionnaires pour envahir les sciences humaines(le fétichisme du au Président de Brosses puis à Marx et Freud) comme attachement pathologique à une matérialité illusoire. Les anthropologues s'efforcent de lui substituer maintenant d'autres concepts, « objets-forts », Dieu-Objet (Marc Augé) ou Chose-Dieu (René Bazin). On continue pourtant à l'utiliser faute de mieux.

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« Symbole, fétiche, objet : le support du symbole et du fétiche, c'est l'objet, la chose. Mais l'objet peut être de plusieurs sortes :

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objet naturel - pierre, morceau de bois - ou élément de la nature doué d'une vie propre qui facilite sa personnalisation : la montagne semble se couvrir elle-même de nuages, la végétation du grand arbre a sa vie propre ; objet fabriqué et associant plusieurs matières ; objet traité à partir de la matière vivante, dépouille animale, relique. Il n'est pas certain que la nature de l'objet soit décisive dans le traitement intellectuel qui peut en être fait mais la question ne se pose sans doute pas dans ces termes. Paraît plus provocant, à première vue, le fait qu'une matière informe, ou presque, puisse avoir le même statut idéologique qu'un produit de l'art ou une évidence de la nature. Une évidence de la nature, c'est une réalité si massive qu'elle appelle l'interprétation. Ainsi les récits de fondation des villages côtiers ivoiriens témoignent-ils encore de ce que put être pour l'avant-garde des populations migrantes la découverte de l'océan et de sa barre fracassante. De villages regroupés autour d'un grand fromager, on ne s'étonnera pas qu'ils n'aient pu faire l'économie d'une pensée de l'arbre. …… 

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Si la statue du dieu représente allusivement un corps humain, si elle doit comme lui manger et boire, si elle peut comme lui mourir, cette physiologie métaphorique n'épuise pas le mystère de sa matérialité. Le dieu est chose, objet composite dont la formule peut être plus ou moins fidèlement restituée ou aménagée dans chacune de ses réalisations singulières ; si le dieu est pensé comme un corps vivant, il est aussi matière, et les récits qui parlent de sa naissance, de ses exploits et de ses inventions élaborent une réflexion très littéralement problématique sur la matière et sur la vie. Le dieu est parole, pris, sous tous ses aspects, dans un tissu de récits, de proverbes et d'exégèses qui mêle les propos qu'on lui prête à ceux dont il est l'objet. Tous sont fixés par la tradition, notamment dans les commentaires qui accompagnent les grands signes de la divination. Pour essayer de comprendre la réalité du dieu païen sans nier l'évidence (à savoir que c'est sa matérialité la plus brute qui fait l'objet d'un culte), il faut donc l'appréhender tour à tour comme symbole, comme corps, comme matière et comme parole - la convergence de ces diverses dimensions correspondant au point limite où l'homme se retrouve dans la figure du dieu à la fois comme être individuel et comme être social » 

Ce qui importe c'est de comprendre que l'objet nommé fétiche n'est justement pas une idole (Idolon : image d'une divinité) et qu'on ne l'adore pas en tant que tel. Comme l'a montré J.P.Vernant à propos du kolhossos, un pieu « 'divin » fiché en terre dans la Grèce archaïque, (certains bocio ou moba en sont proches) on n'est pas dans une logique de la re-présentation de l'image, et de l'imitation, mais, comme avec les mascarades, dans celle de l'apparition, de la présence dans le visible d'une puissance de l'ordre de l'invisible.Un vodun est présent par son Double(un Legba, monticule de terre par exemple) et constitue une « Effigie De L'entre-deux ».(j'emprunte le concept à Monique Borie dans son étude du « double » théâtral chez Artaud). On pourrait lui appliquer aussi la définition que W.Benjamin donne de « l'aura » d'une œuvre d'art, d'ailleurs d'origine.

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cultuelle selon lui : « apparition unique d'un lointain, si proche-soit-il pour nous » Cette " présentification " matérielle de l'invisible est assurée par des rituels qui visent à l' " installer ", le " fixer " dans l'objet. La prière, le sacrifice animal, les libations jouent un rôle central dans ce processus, mais aussi les ingrédients matériels dont est fait l'objet ou des éléments figuratifs habituellement dévolus à tel vodun. . Ces éléments sont « poétiques » au sens où ils constituent un jeu ,mettant en œuvre ressemblance et contact. Pour prendre un exemple : on sait que le sceptre de Shango, vodun yoruba de la foudre est un objet composé d'un manche surmonté d'une statuette de femme portant une hache sur la tête. Il est tenu par la personne possédée par Shango lorsqu'elle danse (il a été auparavant « consacrés par des bains d'herbe rituels). La « possession « de l'initiée est ainsi rendu manifeste par l'objet. Le sceptre, que brandit l'initié, est Shango; inversement le vodun possède « son cheval » par la médiation du contact avec le manche.

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« Statue ou simple pierre dressée, sans rien de mimétique ou d'anthropomorphe à l'origine, il a pour vocation de fixer la psyché du mort, cette partie insaisissable de l'homme qui erre entre le monde des vivants et celui des morts, et qui justement peut apparaître comme fantôme qui revient.

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Le Colossos, assure donc le possible contact des vivants avec les morts car il désigne l'espace où le mort peut remonter au jour. En même temps il est aussi signe d'absence du mort, de son appartenance à un ailleurs, à un au-delà qui reste fondamentalement autre. A la fois signe de présence effective et signe d'altérité, au carrefour du visible et de l'invisible, le Colossos associe intimement la pierre et l'ombre, marquant par la pierre dressée ou la statue .Rattaché à la sphère de l' Eidôlon, au même titre que l'image du rêve, le fantôme et l'apparition surnaturelle, le Colossos relève, dans la Grèce archaïque, de cette "catégorie psychologique du double" que définit, selon Vernant, l'ambiguïté du statut de la présence - une présence inscrite dans la tension entre l'immobilité de la pierre et la mobilité de la psuchê, entre le matériel et l'immatériel, l'ici présent et le renvoi à un ailleurs.

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C'est le rapprochement avec l'œuvre d'art qui est la plus féconde quant à la compréhension de la nature et de l'efficace de ces objets. Caractérisant la « magie des œuvres et des objets, Alfred Gell a forgé le concept d'Agency difficile de traduction, sinon par intentionnalité. Aux œuvres, Gell attribue deux typesd'agency applicables parfaitement aux bocios par exemple ou autres « charmes ». Ils serviraient en premier lieu de relais matériel entre des personnes, dans des réseaux de communication et d'échange .Le second type renvoie à « l'animisme, à la magie (utilisé chez l'auteur sans aucun jugement de valeur). Il entend par là l'attribution d'intentionnalité et de pouvoir à des objets, tels que des statuettes d'ancêtres, ou parfois de simples objets naturels réputés être habités par un esprit ou une autre entité semblable. D'où le pouvoir émotif de ces objets qui deviennent, plus qu'un simple relais dans le réseau des relations sociales, mais des acteurs à part entière.

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Un exemple peut servir d'illustration : MAURIS Gell se réfère au culte tahitien des Mauris,les pierres de fertilité. Ces pierres emprisonneraient le « hau » ou esprit de la forêt, force agissante à l'origine de sa productivité. La magie de la chasse consisterait en un réseau d'agentivité et de transactions entre le prêtre, le chasseur et l'esprit de la forêt.

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C'est le rituel qui importe ici : en agissant sur l'objet, il « manipule » en quelque sorte la forêt, contrainte de donner sa fertilité aux chasseurs. Ce rituel comme la kula mélanésienne est donc un réseau de relations, de circularité de dons et contre dons .On retrouve l'idée de Pacte unissant un vodun, à un peuple, une famille ou un individu particulier. 

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« Posséder, c'est vouloir posséder le monde à travers un objet particulier », disait Sartre. Si l'on entend par fétiche l'attribution à une image ou à un objet d'une valeur-symbole qui règle les relations entre désir et manque, il cesse d'être un thème primitif et prend toute sa place sur la scène universelle, aux confins de la religion et de l'art. Rendre des comptes aux ancêtres, se nourrir de leur force et de leur savoir, donner du sens, affermir ses liens au monde, répondre aux interrogations du présent, conjurer les menaces, surmonter le doute, apaiser les souffrances, orienter les espoirs : les pratiques artistiques et religieuses prennent la forme d'une quête incessante, main dans la main, pourrait-on dire. Le vodu ou le boii occupe un lieu incertain. C'est un objet que l'on crée, que l'on met à distance et que l'on soigne, mais il est aussi en nous et s'empare éventuellement de notre esprit et de notre corps. Il est à la fois intérieur et extérieur, attraction et répulsion, sujet et objet. Il brouille l'opposition entre existence et transcendance. Pas plus une sculpture vaguement anthropomorphe qu'un volumineux autel de guerre ne sert seulement aux fidèles à évoquer un esprit ou une divinité : l'objet est aussi cette puissance, toute cette puissance, même si celle-ci réside également ailleurs, où elle demeure inaccessible. » ». 

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Les analyses de Gell rejoignent celle d'Albert de Surgy dans son étude de la pensée Ewé. Selon lui, ces objets rituellement fabriqués, consacrés, puis entretenus selon des règles précises sont à distinguer du culte religieux habituelle; 

Les Ewé appellent Trô, leurs divinités ancestrales : claniques, lignagères ou familiales, et tout entité invisibles comme les âmes des morts. Ils n'utilisent pas non plus vodun pour qualifier des autels ou des reposoirs. S'ils ont emprunté le mot à leur voisin c'est surtout pour l'attribuer à toute une classe d'objets possédant par eux-mêmes de l'efficacité parce que renvoyant aux principes même d'organisation du monde et qui permettent au vivants d'obtenir des bienfaits par leurs propres actions. Il montre que ces objets consistent en la maîtrise de forces subtiles (souffles). Ils sont, utilisés pour engendrer des catégories de phénomènes qui échappent à l'ordinaire et pour les humains, des moyens d'action qui se distinguent des moyens habituels (un patient peut ainsi consulter un « guérisseur » ou un devin parallèlement au médecin). Leur but est toujours d'améliorer et d'harmoniser à la fois leurs rapports avec leur environnement matériel et se protéger contre les divers malheurs.

« Bien qu'ils soient respectés à proportion de leur efficacité, les fétiches se distinguent des instruments qui viennent prolonger la puissance de notre main ou de notre cerveau.

Ils ne servent pas à maîtriser objectivement une réalité extérieure continuant d'exister hors de notre présence, indépendamment de notre action et de l'intérêt que nous lui portons. Ils se présentent comme des objets artificiellement soustraits a une telle réalité et paraissent avoir pour effet de nous introduire en plein rêve, si ce n'est en pleine aberration, en nous détournant des causes immédiates, les plus évidentes, des phénomènes. Mais est-il permis de réduire l'univers au champ de ce que nous pouvons objectivement modifier, c'est-à-dire aux réalités matérielles en rapport direct ou indirect avec notre corps ? N'est-il pas plus réaliste d'y prendre aussi bien en considération des sources d'action et de sens que de simples leviers d'action ? Si nous le voyons rempli d'objets, il l'est assurément tout autant de causes efficientes et de sujets. En vérité ce dont les fétiches nous éloignent et nous purifient est une stérilisation de la réalité par coupure d'avec l'esprit qui s'applique à y injecter des significations.

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Ce à quoi ils s'opposent est avant tout une production d'objets morts ne parlant plus à personne et laissant cruellement l'homme face à face avec sa propre image.

Les objets sacralisés avec lesquels il opère contribuent à délivrer les personnes souffrantes d'un sentiment accablant de soumission aux contraintes matérielles et sociales, au mauvais sort ou aux appétits d'autrui. En même temps qu'ils les sauvent d'une triste condition d'objet, ils ne subjectivisent nullement leurs problèmes. Ils les renvoient au contraire à des choses, à des forces et à des âmes extérieures, et impliquent dans leur traitement les principaux membres du groupe concerné par leur état. Mais surtout ce sont des moyens, arbitraires et méritant d'être abandonnés après usage, d'éliminer peu | à peu ce qui dissimule à quelqu'un l'expressivité merveilleuse du réel en lui permettant d'accéder à la connaissance, à la pratique et à l'amitié des puissances que toutes les parcelles du monde, étant le fruit de leur action, ont vocation de symboliser »

On pourrait les classer en deux groupes : les Vodou(le sens ici est celui de l'objet) 

On trouve les premiers installés à demeure dans des enceintes réservées ou dans des cours d'habitation, parfois à l'air libre, parfois sous abri, parfois dans des cases fermées à clef. Ce qui s'en laisse voir n'en est jamais que le signalement extérieur, souvent réduit à sa plus simple expression. Il peut s'agir d'un contenant soigneusement fermé et parfois même emballé : calebasse, poterie, cuvette..., déposé sur une estrade ou une étagère ou monté sur un piquet fourchu. Cependant il s'agit le plus souvent d'un cône de terre battue élevé dans une bassine ou à même le sol, souvent alors de nos jours enduit de ciment.

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Il lui arrive d'être rendu grossièrement figuratif d'une tête ou d'une silhouette humaine. Pierre verger042 L'essentiel du vaudou